Paul HUOT naît le 8 septembre 1878 à Renève, en Côte‑d’Or, dans une famille de bouchers. Très tôt, il choisit la voie militaire et intègre en 1897 l’École Spéciale Militaire. Deux ans plus tard, il en sort sous‑lieutenant et rejoint le 44ème régiment d’infanterie à Bruyères, une garnison proche de la frontière allemande.
Dès ses premières années de service, ses supérieurs remarquent son calme, sa patience et son sens pédagogique. Les appréciations sont unanimes : Paul HUOT est un « Officier d’avenir », apprécié de ses hommes et reconnu pour son sérieux. En 1901, il est promu lieutenant. Trois ans plus tard, il demande à rejoindre le 1er Régiment Étranger, en Algérie, où de nombreux officiers cherchent à donner un sens à leur carrière dans le contexte de l’expansion coloniale.
L’expérience algérienne
En 1906, à Colomb Béchar, Paul HUOT découvre la réalité de la « pénétration pacifique » prônée par Lyautey : une politique qui combine développement économique et présence militaire. Affecté à la 24ème Compagnie Montée, il se distingue par son énergie et ses compétences en topographie et en géologie. Avec ses camarades, il explore le terrain, dresse des cartes et participe à la découverte de gisements de charbon dans le Sud‑Oranais. Ces travaux scientifiques lui valent des félicitations officielles.
Mais la vie coloniale n’est pas exempte de dangers. En 1908, il est blessé deux fois. Malgré ses blessures, il fait preuve de sang‑froid et de courage, ce qui renforce sa réputation et lui ouvre la voie à une promotion. Il décide alors de rentrer en Métropole.
Capitaine en métropole
En septembre 1909, Paul HUOT est nommé Capitaine et affecté au 22ème Bataillon de Chasseurs à Pied, basé à Montmélian en Savoie. Ses qualités de commandement sont saluées : sa Compagnie est considérée comme l’une des mieux instruites. Travailleur acharné, méthodique et intelligent, il est présenté par ses supérieurs comme un « Officier d’Élite ».
Soucieux de perfectionner ses compétences, il séjourne en Allemagne en 1912‑1913 pour apprendre la langue. Il se présente ensuite au concours de l’École Supérieure de Guerre. Admissible aux épreuves écrites, il échoue aux épreuves suivantes. Mais ses supérieurs le soutiennent et l’encouragent. Ils le voient déjà comme un futur Officier d’État‑Major.
Aux portes de la guerre
En 1913, Paul HUOT est au sommet de sa carrière : célibataire, apprécié pour son charme et son sérieux, il incarne l’image de l’Officier modèle. Mais l’avenir reste incertain. Le 3 août 1914, la guerre éclate entre la France et l’Allemagne. Ses projets d’École de Guerre sont suspendus. À Albertville, le 62e Bataillon de Chasseurs Alpins est constitué, fusionnant avec son unité. Paul HUOT se prépare alors à entrer dans une nouvelle phase de sa carrière : celle de la Grande Guerre.
La Grande Guerre
Lorsque la guerre éclate en août 1914, le Bataillon auquel appartient Paul HUOT est engagé dans les Vosges. Le 26 août, le Capitaine CLAIR, Chef de Bataillon, qui est blessé au cours des combats, lui confie le commandement. C’est le début d’une responsabilité qu’il assumera avec courage et dévouement.
Quelques semaines plus tard, fin septembre, l’unité est transférée dans la Somme. Le 17 octobre, lors de l’attaque d’Herleville, Paul HUOT est grièvement blessé par un éclat d’obus. Malgré ses blessures, il poursuit son engagement et, le 1ᵉʳ novembre, devient Chef de Bataillon à titre provisoire. À Saint‑Éloi, en Belgique, il est de nouveau atteint, cette fois au bras, mais refuse de quitter son poste.
En janvier 1915, le Bataillon retourne dans les Vosges. Après une période d’instruction, il est envoyé au Reichackerkopf, théâtre d’attaques et de contre‑attaques incessantes. Paul HUOT mène ses hommes avec ténacité, malgré les pertes considérables. À partir d’avril, la guerre se fait plus statique : l’occupation et l’organisation des tranchées deviennent le quotidien. En août, le Bataillon est rattaché à la 5ᵉ brigade de Chasseurs.
L’année 1916 marque une nouvelle étape. Les Français expérimentent les attaques au gaz. En juin, Paul HUOT reçoit l’ordre de préparer une opération à la « Tête des Faux ». Les conditions météorologiques entraînent l’annulation de l’attaque, mais ces préparatifs témoignent de l’évolution dramatique des méthodes de combat. Le 6 juillet, il perd un compagnon d’armes, le Capitaine Pierre DEMMLER, figure marquante et proche de la future psychanalyste Françoise DOLTO.
Quelques semaines plus tard, le Bataillon est de retour dans la Somme. Le 24 août, il s’empare de la tranchée ennemie de la Côte 121, au prix de lourdes pertes. En septembre, il combat au Bois du Ravin et fait de nombreux prisonniers. Mais les conditions restent terribles : boue, pluie, froid, tranchées dévastées. Le 5 novembre, lors de l’attaque en direction de Saillisel, Paul HUOT entraîne ses hommes à l’assaut de la « tranchée de Presbourg« . La victoire est acquise, mais le prix est immense. Le Commandant HUOT tombe ce jour‑là, aux côtés de son Bataillon qu’il avait façonné en unité d’élite. *
On raconte qu’il aurait refusé une promotion pour rester auprès de ses hommes « qu’il aimait tant ». Destiné à une brillante carrière dans l’État‑Major, il aurait pu connaître les honneurs et fonder une famille. Le destin en a décidé autrement. Sans descendance, sa dépouille repose aujourd’hui au cimetière de Bray‑sur‑Somme, parmi ses soldats. Ses proches n’ont jamais oublié son sacrifice, et son souvenir demeure celui d’un chef aimé, respecté, et profondément attaché à son Bataillon.
Conclusion
La trajectoire de Paul HUOT, interrompue tragiquement en novembre 1916, incarne le destin de toute une génération d’Officiers dont la jeunesse fut engloutie par la Grande Guerre. Chef aimé de ses hommes, il sut transformer son Bataillon en une unité d’élite, toujours prête à se battre malgré les blessures, la fatigue et les pertes. Fidèle à ses compagnons d’armes, il refusa les honneurs pour rester auprès d’eux, partageant leurs souffrances comme leurs victoires.
Aujourd’hui, son nom gravé sur les monuments de Renève (21), Gray (70) et Bray‑sur‑Somme (80), rappelle à chacun le prix de la liberté. Reposant parmi ses soldats, il demeure le symbole d’un engagement total, d’un courage sans faille et d’une fidélité exemplaire. Son sacrifice, inscrit dans la mémoire collective, continue de résonner comme un appel à ne jamais oublier ceux qui ont donné leur vie pour la France.
Ses deux dernières lettres
– Lettre du 21 septembre 1916 à son frère Jules HUOT qui est affecté au 8ème C.O.A. à La Ferté sous Jouarre (Seine et Marne). Les sections de C.O.A. étaient chargées de l’intendance, c’est-à-dire la subsistance des hommes et des chevaux. Jules HUOT y exerçait probablement son métier de boucher.
Mon cher Jules,
Nous arrivons au repos après un mois de bataille. Mon bataillon s’est bien comporté et a eu de beaux succès notamment le 24 août et le 3 septembre. Je vais partir en permission ces jours-ci. Je t’embrasse. Paul
– Lettre du 29 octobre 1916 : Paul HUOT répond à son frère qui craint d’être muté et d’être exposé au front.
Mon cher Jules,
Je reçois ta lettre. Pour ce qui te concerne, la règle est la suivante : les pères de 4 enfants doivent en principe être placés dans une position non exposée. Si ta mutation est prononcée, munis-toi des certificats signés du maire et tu les feras remettre à ton arrivée ton nouveau corps. Et puis souhaite que ton 5ème enfant vienne bientôt. Ton droit sera absolu et tu seras versé à une formation à l’arrière. Il me semble pourtant que tu ne devrais pas être retiré des C.O.A. Je ne connais pas suffisamment toutes les circulaires parues et il y en a beaucoup ; adresse-toi donc à un de tes officiers qui te renseignera.
Nous allons retourner à l’attaque après un mois de repos. Il fait un temps absolument épouvantable, pluie et froid. Je t’embrasse. Paul
Notes complémentaires : Cet article a été écrit à partir de documents rassemblés en 2014 par JP Carmoi, adhérent à l’UF- ACVG de Côte d’Or, et Michel Grey, ancien maire de Renève. Ils sont tous deux les petits neveux de Paul HUOT.
* Jean BRIGNOLI, autre compagnon d’armes, chef de la 10è compagnie du 62è BCA, sous le commandement du chef de bataillon HUOT, a été tué, comme lui, le 5 novembre 1916, à la « tranchée de Presburg », près de Saillisel.




